L’aperçu de l’inconnu – Sur le processus de mise en lecture

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Lecture au Forum

Le texte de Michael Bijens est un texte dont la complexité est rassemblée au sein d’un monologue unique, porteur de plusieurs voix, plusieurs vécus, mettant le spectateur face à l’incompréhensibilité de cette enquête.

Or, dans le processus de travail, les onze comédiens et metteurs en scène du projet ont souhaité participer à cette mise en lecture. Le travail de dramaturgie a alors consisté à re-fragmenter le texte en onze partitions. Chaque comédien s’est ainsi vu attribuer une « ligne » du texte, soit celle d’un schéma narratif que l’on peut suivre dans le texte, soit un certain statut de la parole. Un comédien prendra ainsi en charge le « poète », un autre le « narrateur », ne prenant en charge qu’une parole relevant d’un certain statut. D’autres figures de policiers véreux seront pris en charge par d’autres comédiens, et une comédienne suivra la figure singulière de « la Fille ». Certaines lignes se  font par duos ou trios d’enquêteurs et de policiers, permettant de construire des moments de choralité, jusqu’à certaines scènes lues à onze comédiens, en amplification d’une parole diffractée.

La lecture a par conséquent été pensée comme une extériorisation de la parole introspective du monologue originellement construit par Michael Bijens. Les onze comédiens construisent un espace singulier, où ils sont à la fois comédiens et figures d’enquêteurs, à l’instar du spectateur tentant de suivre des fils historiques et individuels entremêlés. Chaque « Zwart » devient une nouvelle preuve apportée à l’enquête, sous de multiples formats : témoignages, vécus individuels, ou scènes collectives où tous viennent renchérir et apporter leur pièce au puzzle qui ne se résoudra jamais. C’est pourquoi j’ai fait le choix de clore la lecture sur le « Zwart » introduit pas la phrase « Nous ne savons pas », symbole non seulement de l’échec de l’enquête mais d’une impossibilité humaine à saisir objectivement le monde.

Ce montage a permis de rendre compte des multiples couches dont est composée la pièce de Michael Bijens, entre une inspiration du polar, une réflexion métaphysique et une parole poétique qui se succèdent, tout en réexploitant la forme initiale du monologue vers une choralité. S’ajoutent ainsi au texte une dimension collective, liée à l’empreinte historique des années 80 en Belgique que décrit Michael Bijens.

Titiane Barthel

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