Journal de Bord – Il faudrait sortir le chien

Première séance à la table, l’extrait de texte coupé fait 30 minutes. On aborde la lecture dans la neutralité, on tente des exercices de lecture en suraticulant, expérimente une lecture excessive proche du bouffon. Il paraît évident qu’il ne faut pas travestir la voix des acteurs. On lit l’intégrali- la presqu’intégralité du texte. France-Argentine nous stoppe page 55. Une grande partie du temps de travail nous occupe à lire, couper, minuter notre extrait toujours trop long. Il faut entrer dans le cadre des 15 minutes requises. Certaines parties coupées du texte nous plaisent, la tentation est forte, on souhaite les réintégrer. 22 minutes. 19 minutes. 18’30 minutes. On nous offre un bonus mais il ne faut pas dépasser 17. À la longue des choix s’opèrent, les didascalies seront projetées, les symbolisations du temps déréglé et de la pluie qui s’écoule sans discontinuer seront abandonnées. Nous cherchons la simplicité d’élocution de ces dialogues quotidiens mais en dehors du temps et le rythme du balancement des deux duos de ce texte : homme-femme / père-fils. Et ce travail précis de la coupe et du collage se poursuit, dans une tentative de ne pas trop éventrer le texte, son rythme, en préservant son humour, son ton et bien sûr sa compréhension.

Il faudrait sortir le chien pose des interrogations scéniques. La représentation des monologues de l’homme (ralentir ou pas l’élocution de cette parole), la temporalité fuyante, l’absurdité des situations et l’abstraction dans un monde qui perd pied, où l’eau ne cesse de couler comme les larmes que cet homme n’a pas su pleurer de son vivant et qui l’ont rendu absent à lui-même. Mort de son vivant et à présent vivant dans sa mort. Cet homme est considéré comme un individu qui n’est qu’une apparence. Veut-il encore seulement vivre ? Partout où il y a volonté il y a vie, mais lui, possède t-il une dernière volonté qui l’anime ? Toutes ses tentatives ne semblent qu’échecs et avortements, à l’image de ce qu’a sûrement été sa vie. Est-ce en mourant qu’il retrouve le don de vivre reçu à la naissance, avant de rechuter dans le néant ? Si le père, l’ancienne petite amie et le chien tournent autour de cette figure centrale c’est, il nous semble, pour qu’il renoue avant le grand passage, avec un peu d’amour et de tendresse.

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