Le Grognement de la voie lactée – sur le processus de mise en lecture

Le Grognement de la voie lactée de Bonn Park dans la traduction de Laurent Muhleisen est un texte opératique, à la dimension cosmique, faisant intervenir des personnages improbables tels un Extraterrestre Admonesteur ou un Kim Jong-Un Décontenancé. Personnages qui semblent issus d’une bande dessinée ou d’une utopie.

Au cours du processus de travail sur la mise en lecture de ce texte nous avons choisi de privilégier l’apparition de plusieurs personnages et d’effectuer des coupes au sein du monologue de Kim Jong-Un afin de donner une vue d’ensemble de l’univers écrit par l’auteur.

Nous avons également demandé à Margot Di Méo (élève scénographe) de réaliser trois planches de bandes dessinées japonaises, inspirées par les titres des chapitres de la pièces numérotés en japonais. Ces planches de dessin nous permettaient d’appuyer la dimension loufoque, contemporaine et fantastique présente dans l’écriture.

Le passage du texte de Bonn Park choisi inclut, entre autres, le titre de Nirvana Lithium, chanson sur la bipolarité. Nous avons longuement hésité sur la manière de mettre en action cette chanson ; au fil des répétitions, nous avons décidé de suivre la didascalie de l’auteur

Kim Jong-Un décontenancé (voix), Donald Trump désabusé (guitare), Bonn Park venu du futur prisonnier dans le corps d’une fillette de onze ans (guitare basse) et le choeur d’enfants (choeur et danse) jouent leur version de Lithium de Nirvana.[…]

et de donner à entendre une chanson dissonante où chaque lecteur chante ou joue cette chanson différemment mais en même temps : saxophone (joué par Romain Gneouchev), chanson lyrique, chanson grunge.

Cette chanson constitue une clé dramaturgique importante car elle nous a permis de comprendre que la pièce expose des personnages extrêmes, dans des situations toujours doubles et dont les ruptures semblent irrationnelles. L’auteur tend une sorte de miroir augmenté vers le lecteur. Un miroir imprégné de la société rapide et versatile dans laquelle nous vivons, son instabilité et son caractère « évènementiel », « réactif » en lien avec les réseaux sociaux, la multitudes d’informations qu’ils génèrent et l’appel constant à réagir qu’ils demandent.

Ainsi, le texte semble se construire autour d’une succession d’évènements racontés ou joués qui frôlent parfois le roman d’aventure ou la bande dessinée. Nous avons donc choisi de travailler en rupture dans la direction de lecture, de traiter chaque moment comme un évènement au premier degré, que la lecture suive la folie des personnages et donne à entendre peu à peu cet univers absurde créé par l’auteur. En appui de cette recherche, un travail rythmique, en lien avec le texte, une recherche autour du contretemps, du tempo de diction, notamment pour le monologue de Kim Jung-Un qui nécessite un rythme soutenu et que nous avons choisi, en accord avec une des directions de l’auteur, de traiter comme un stand up. Cette direction permet aussi de donner une approche de l’aspect performatif du texte et des monologues. Enfin, s’articule à ces deux précédents points l’adresse public, sur la frontalité du discours qui constitue une approche particulière et est venu également influencer la manière dont le texte a été travaillé en matière de rythmes et d’intentions.

Audrey Gary et Aurélien Hamard

 

 

 

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