Pour ton bien – Résumé

Résumé :

Une famille comme il en existe tant – mère, père, deux fils, un oncle, deux grands-mères – autour de laquelle gravitent des inconnus, simples figurants dans la vie des autres (l’homme de la rue, le voisin dans le train…), ou des figures plus connues, ici la petite amie du cadet, à qui on fait sentir qu’elle n’est pas de la famille.

L’un des fils, l’aîné, est parti étudier dans une autre ville, loin de la maison familiale, tandis que le plus petit y est encore, vivant entre un père absent (il n’est pas incarné, le rôle est scénographique) et une mère tiraillée entre sa fonction maternelle et ses aspirations individuelles.

Au cours de l’un de leurs très rares échanges téléphoniques, la mère demande à l’aîné de revenir chez eux car « le père ne va pas bien ».

Ce retour dans la maison familiale pour affronter une situation difficile réveille les habitudes d’autrefois propres à ce foyer et déclenche les mécanismes familiaux enrayés depuis toujours. C’est aussi l’occasion de retrouver le petit frère (qui bien que plus haut en taille restera toujours le « petit »), les grands-mères (la grand-mère qui distribue des gâteaux et la grand-mère qui distribue des billets de banque), le tonton blagueur…

Au fil des scènes (18) se dessinent, tantôt avec cruauté, tantôt avec tendresse et souvent dans une mosaïque de sentiments mêlés voire contradictoires, les rapports filiaux entre les différentes générations, les rapports fraternels, les relations amoureuses (entre le cadet et sa petite amie, entre les parents), les contacts avec ceux de l’extérieur, ceux qui ne sont pas de la famille…

Tout au long de la pièce, un mystère flotte autour de l’état de santé du père, la mère esquivant systématiquement les questions de l’aîné à son sujet et renvoyant à plus tard toute explication. Mais en attendant, le fils est là, de nouveau à la maison, chez ses parents, et son séjour se prolonge. Pourquoi reste t-il alors qu’il fait bien sentir que sa vie est ailleurs ? Pourquoi la mère l’a t-elle rappelé à leurs côtés ? Plus tard, vers la fin de la pièce, on comprendra, à demi-mot, que ce n’est pas le père qui va mal mais elle, la mère. Et le coup de fil du début qui rappelle le fils prodigue à la maison prend alors tout son sens. Entre-temps, des révélations douloureuses ou drôles et des souvenirs communs auront émergé, des situations pétries d’humour, de tendresse et de méchanceté se seront jouées et des mots d’amour, oubliés ou jamais dits, auront été prononcés, peut-être quelque chose aura changé dans cette famille, à la fois singulière et proche de tant d’autres. Alors l’aîné peut enfin repartir, dans un échange de promesses : le fils promet de vite revenir et la mère promet d’être encore là.

REGARD DU TRADUCTEUR :

Il est question de la famille, thématique chère aux auteurs italiens mais qui trouve ici dans l’écriture de Pisano une saveur nouvelle et originale dans une veine drôle et grinçante.

L’intrigue est pourtant simple : un fils aîné (fils prodigue) est rappelé par sa mère dans la maison familiale car le père va mal. Mais plus tard, on comprendra que derrière cette « invitation » au retour se cache une autre vérité : c’est la mère qui est frappée par la maladie alors que le père, lui, se morfond au fond de son lit face à cette réalité.

Revenir là où on a grandi entre une mère, un père, un petit frère, des grands-mères, constitue une immersion dans l’identité première. Pisano fait sentir, au fil des scènes, à quel point cette immersion peut-être à la fois douloureuse, car tissée de culpabilités, récriminations, regrets, non-dits mais aussi de joies, souvenirs tendres, affection…

L’intérêt du texte est aussi qu’il ouvre l’angle de vue : dans un temps linéaire, plusieurs personnages interviennent et interagissent pour approfondir la question en suggérant comment la famille voit les « étrangers », comment les rapports s’établissent entre le « clan » et ceux qui ne sont pas de la famille.

Par une structure plutôt traditionnelle, des lieux définis, une alternance de dialogues rapides et de brefs monologues particuliers qui jaillissent comme des pensées parallèles et impunies, l’auteur tente de comprendre comment survivre à la famille, peut-on (s’) en sortir ?

Bien que portant sur un sujet mille fois visité, le questionnement progresse ici au fil d’une construction qui maintient une belle tension dramaturgique bâtie sur un mystère. Mystère autour du père -figure qui n’est d’ailleurs pas incarnée- et de son état de santé. Mystère orchestré par la mère dont les motivations profondes, premières, instinctives sont entretenues dans un juste équilibre avant de se révéler au grand jour, mais en filigrane. L’émotion trouve ainsi aussi sa place.

La langue de Pisano manie finement l’humour  (il explore le sens profond de mots banals en pointant un nouvel éclairage sur eux, il s’amuse avec des jeux de mots et des références incongrues que nous avons tenté de restituer dans la traduction). Nous avons également été happé par l’approche originale et le traitement décalé que l’auteur adopte pour évoquer un contexte, somme toute, banal. À travers l’histoire de cette famille qui cherche à surmonter avec légèreté un moment difficile, l’auteur met en lumière les règles qui régissent ce foyer. Comme toute famille, celle-ci a ses propres règles qui reposent ici, en partie, sur le chantage affectif, le chantage de l’amour.

Pisano use d’une langue à la fois littéraire et charnelle qui compose des situations et des personnages très vifs, à la fois drôles et cruels.

Partant de situations simples, voire banales (les déjeuners de famille, les conduites à la gare…) communes à tant de familles, il opte pour un ton souvent inattendu et un angle de vue décalé d’où se dégage un humour grinçant et une modernité dans le propos.

Pour Pisano, la famille a une saveur particulière, c’est « une association de malfaiteurs fondée sur le chantage affectif ».

Cette plongée dans le monde familial, Pisano l’évoque ainsi : c’est comme « une vieille paire de chaussures auxquelles nous sommes attachés, que nous voudrions continuer à porter, vraiment, mais elles ne nous vont plus, le gros orteil dépasse et les talons font mal (…). « Les figures qui nous accueillent sont toujours les mêmes, peut-être un peu vieillies, mères, pères, frères et sœurs, oncles, grands-parents, tous enveloppés dans du film à bulles, comme si le temps n’était pas passé, et c’est à nous de les dérouler et faire éclater les bulles. Mais parfois, sous le voile, on peut découvrir que les choses changent, même là, dans ce petit univers de câlins et de culpabilité (…).

Source : Site de la Maison Antoine Vitez

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